Cette brume insensée

ENRIQUE VILA-MATAS

02 Sep, 2020


Roman traduit de l’espagnol par André Gabastou

Avec le talent qu’on lui connaît pour saluer les textes des autres, le malicieux Enrique Vila-Matas met en scène un célébrissime écrivain qui vit caché à New York – et son obscur frère, traducteur de “premiers jets”, dont il a fait son pourvoyeur en citations. Tout en jeu d’ombres, reflets, clins d’œil, ironie et autodérision, multipliant les subterfuges, ce nouveau roman orchestre les retrouvailles de ses deux personnages dans une Barcelone enfiévrée par ses aspirations indépendantistes.

Depuis sa maison en ruine sur une falaise de Cadaqués, Simon est traducteur de “premier jet” et surtout fournisseur officiel de citations pour écrivains. Disparu depuis vingt ans dans l’anonymat new-yorkais, après avoir laissé derrière lui son pays, sa famille et sa langue maternelle, son frère Rainer en achète la plus grande partie pour structurer son œuvre. Il est ainsi devenu, grâce aux interventions de Simon, l’auteur culte/occulte par excellence. Le secret dont il s’entoure ayant fortement contribué à son immense et fulgurant succès (clins d’œil appuyés à Pynchon ou Salinger, autres génies passés maîtres dans l’art de la disparition). Au prétexte de discuter héritage, à la suite de la mort de leur père, il donne rendez-vous à Simon le 27 octobre 2017 à Barcelone, jour de la proclamation de l’indépendance catalane. L’aspect tragicomique du roman prend alors toute son ampleur : deux frères règlent leurs comptes avec les artifices de la fiction, tandis que des hélicoptères de la police survolent la ville, à la manière d’Apocalypse now. C’est bien sûr de textes et d’écrivains que parlent les deux hommes, qui représentent deux façons diamétralement opposées de concevoir la littérature : le refus et le renoncement ou bien la foi et le bonheur. Avec le talent qu’on lui connaît pour sublimer les textes des autres, le malicieux Enrique Vila-Matas mêle avec bonheur emprunts, subterfuges et autobiographie pour discourir avec ironie sur la littérature et sa propension à se jouer du réel, oscillant constamment entre ces deux pôles, sachant pertinemment que, de même que seule la mort donne du sens à la vie, c’est l’éventualité de ne pas écrire qui lui rend la littérature à ce point essentielle. C’est aux frontières floues de la réalité et de la fiction, dans “cette brume insensée” chère à Raymond Queneau, que se situe le territoire de Vila-Matas, cet écrivain de génie qui ne cesse de démontrer qu’en réalité, tout est fiction. Et que, fort heureusement, le roman est là pour permettre une certaine mise à distance avec le sentiment tragique de la vie.


À propos de l'auteur.rice

© Manuel Outumuro

Enrique Vila-Matas est né à Barcelone en 1948, où il a étudié le droits et le journalisme. À dix-huit ans, il publie dans la revue de cinéma Fotogramas des interviews avec des célébrités tels Noureïev ou Patricia Highsmith. Interviews totalement inventées puisqu’il ne parle pas un mot d’anglais… Un talent précoce et une “manière” irrévérencieuse de s’approprier les mots des autres ou de leur insuffler ses propres obsessions. Entre 1974 et 1976, il occupe la mansarde de Marguerite Duras dans la ville lumière qu’il décrit si bien dans Paris ne finit jamais, et c’est ainsi, en se plaçant dans la posture de l’écrivain bohème, qu’il découvre sa voie. Son œuvre est traduite en trente-six langues et il a reçu les plus prestigieux prix à travers le monde. Nous pouvons citer pour la France, le Prix du meilleur livre étranger pour Bartleby et compagnie (2002) et le Prix Médicis étranger pour Le Mal de Montano (2003).

Informations complémentaires

Dimensions 11.5 × 21.7 cm
Édition

Rayon / Collection

Prix prévisionnel

Nombre de pages

256

ISBN

978-2-330-13946-9