Dans la tempête virale

SLAVOJ ŽIŽEK

01 Juil, 2020


Dans la solitude et l’enfermement, Slavoj Žižek observe ce qui est à l’œuvre à l’échelle du monde. La pandémie a mis à nu ce que nous parvenons d’ordinaire à accepter ou à dissimuler : la barbarie à visage humain dans ses multiples formes. Il traque les virus idéologiques qui ont favorisé l’apparition et la dissémination du Covid-19, mais aussi ceux que la pandémie active ou réactive, les virus des fake news, des théories du complot, du racisme qui explose, etc. Il forme le vœu d’un autre type d’infection, propice à l’invention d’une société alternative. Une société qui ne pourra s’actualiser que dans la solidarité et la coopération. En un mot, un virus bénéfique qui nous contraindrait à des décisions éminemment politiques, radicalement neuves.

Écrit avec la vivacité et l’humour dont Slavoj Žižek est coutumier, mais aussi avec une gravité à laquelle il nous a peu habitués, cet essai se confronte de façon saisissante à la crise planétaire dans laquelle nous nous retrouvons plongés. Il en dévoile les significations profondes, les paradoxes ahurissants, spécule sur l’ampleur de ses conséquences et sur les moyens de ne pas s’abîmer définitivement dans la barbarie. “On peut espérer que la distanciation physique vienne renforcer l’intensité de notre lien aux autres. Ce n’est que maintenant, dans un moment où il me faut éviter nombre de mes proches, que je fais pleinement l’expérience de leur présence, de leur importance pour moi. Mais j’entends déjà le cynique éclater de rire : « D’accord, très bien, peut-être connaîtrons-nous de tels moments de proximité spirituelle, mais en quoi cela nous aidera-t-il à faire face à la catastrophe en cours ? Qu’apprendrons-nous de tout cela ? » Hegel écrivait que la seule chose que nous pouvons apprendre de l’histoire, c’est que nous n’en apprenons rien, je doute donc que l’épidémie nous rende plus sages. Seule chose claire, le virus démolira les fondements mêmes de nos existences, causant non seulement des souffrances immenses mais aussi un chaos économique dont il est permis de penser qu’il sera pire que la grande récession. Il n’y aura pas de retour à la normale. La nouvelle « normalité » devra être construite sur les ruines de nos anciennes existences, ou alors nous nous retrouverons plongés dans une nouvelle barbarie dont il n’est pas difficile de discerner déjà les signes avant-coureurs. Il ne sera pas suffisant de traiter l’épidémie comme un accident malheureux, d’ignorer ses conséquences et d’en revenir aux bonnes vieilles logiques d’antan, en se permettant peut-être quelques réajustements de nos systèmes de santé. Nous aurons à nous confronter à la question décisive : qu’est-ce qui ne va fondamentalement pas dans notre système ? Pourquoi étions-nous si peu préparés à la catastrophe alors même que les scientifiques nous avertissaient depuis des années qu’elle se produirait ?”


À propos de l'auteur.rice

Slavoj Žižek est l’un des philosophes les plus influents et les plus prolifiques de notre époque. Né en 1949 à Ljubljana (Slovénie), où il vit, il est directeur international du Birbeck Institute for the Humanities (université de Londres), chercheur senior dans le Département de philosophie de l’université de Ljubljana et professeur émérite à l’université Kyung Hee (Séoul). Il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels : Le plus sublime des hystériques : Hegel avec Lacan (Point hors ligne, 1988 ; PUF, 2011) ; Ils ne savent pas ce qu’ils font : le sinthome idéologique (Point hors ligne, 1990 ; PUF, 2016) ; Vous avez dit totalitarisme ? Cinq interventions sur les (més)usages d’une notion (Amsterdam, 2004) ; Bienvenue dans le désert du réel (Flammmarion, 2005) ; Le Sujet qui fâche (Flammarion, 2007) ; Fragile Absolu. Pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu (Flammarion, 2008) ; La Parallaxe (Fayard, 2008) ; Après la tragédie, la farce ! (Flammarion, 2010) ; Jacques Lacan à Hollywood, et ailleurs (Chambon, 2010) ; Vivre la fin des temps (Flammarion, 2011) ; Pour défendre les causes perdues (Flammarion, 2012) ; Moins que rien : Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique (Fayard, 2015). Il a fait l’objet d’un documentaire, Žižek ! (2005) d’Astra Taylor, écrit et présenté deux documentaires, The Pervert’s Guide to Cinema (2006) et The Pervert’s Guide to Ideology (2012), réalisés par Sophie Fiennes.

Informations complémentaires

Dimensions 12.5 × 19 cm
Édition

Rayon / Collection

Prix prévisionnel

Nombre de pages

124

ISBN

978-2-330-13882-0