La Part du Sarrasin

MAGYD CHERFI

19 Août, 2020


Le bac en poche, Magyd dit Le Madge, plus entre deux chaises identitaires que jamais, et entre rock et chanson française “à texte”, éprouve ses rêves de musique et d’engagement politique, naviguant d’une bande de potes à l’autre : ceux de la cité et les artistes du centre-ville. Moins à la recherche de sa “Part de Gaulois” que de sa voix — celle qu’il voudrait donner aux siens, qui n’en demandent pas tant ; celle qui résonnera bientôt dans tous les Zénith de France où le succès révèlera aussi son amertume. Magyd ou les malentendus. Une aventure menée tambour battant, enragée et souriante.

Devenu en 1981 le tout premier bachelier de la cité du Bleuet, Magyd alias “le Madge” s’est désormais installé à distance du domicile familial, partageant un nouveau logis avec Abdu, un Français noir de peau, bon joueur de congas, mais en délicatesse avec sa vague ascendance africaine. Entre écriture de chansons, répétitions et tournées musicales dans des salles de fortune, le Madge et sa petite bande rockeuse (Abdu, Polo, Riton, Bebert et Ludo) enfilent les kilomètres à bord d’une Estafette fatiguée, et rencontrent un accueil tantôt chaleureux tantôt rébarbatif. Un beau soir c’est le piège : Magyd a pressenti le désastre quand une horde de skinheads dévaste la scène et s’acharne sur lui et sur Abdu – le reste du groupe (les “vrais Français”) n’a rien vu venir de cette violence raciste. Une rupture entre eux va s’ensuivre… C’est l’époque de la grande marche des beurs. La cité se manifeste à son souvenir. Samir, l’ami politisé à la Ligue co, Momo qui rêvait de faire carrière au théâtre, Hélène – directrice de l’association de soutien scolaire : les vieux complices replongent le Madge dans les dilemmes d’une identité depuis toujours impossible à définir. Sa nationalité c’est la littérature. La langue arabe de ses parents, il n’en connaît que quelques mots, qu’il prononce avec un accent calamiteux. Mais de l’autre “côté”, chez les “gouers” (les Français) il n’est pas complètement lui-même. Les mœurs plutôt libertaires façon étudiants, le sexe improvisé, les filles qui prennent l’initiative – rien de tout cela ne lui est
familier, alors même que son pucelage le rend gauche, timoré. Se dessine la montée du Front National, dopée par un peu de proportionnelle tactiquement consentie par Mitterrand. Désœuvré, fauché, le Madge trouve (provisoirement) un job au MacDo du coin, mais la violence raciste le rattrape. Elle surgit à l’entrée (refusée) d’une boîte de nuit, et dans la cité – où il reprend la gérance de l’association, toujours active mais source de conflits multiples. Ce repaire de bonnes volontés ne plaît pas aux caïds toujours prompts à tabasser les Blancs et les “collabos”… comme la rebelle Bija, personnage important de Ma Part de Gaulois, qui a réapparu. Sa liaison avec le séduisant et séducteur Pierrick, grand ami du Madge, passe pour un sacrilège. Alors le sang coule… Concilier passé et avenir, composer et vivre de sa musique, chanter pour “les siens” – mais qui sont “les siens” ? Quelle place pour le descendant des Sarrazins ? Quelle langue trouver qui lui soit propre, entre rock et raps naissants, tels ceux qu’improvise le petit Djibbou, poète en herbe et future victime expiatoire. La réconciliation du groupe musical rebat les cartes, relance les dés. La rencontre avec une petite vendeuse de menthe vient panser les plaies. Et le public est enfin au rendez-vous, les lendemains seront zebdiens. Quelque chose cependant échappera toujours. Entre les deux parts de lui-même, le Madge arpente à jamais la frontière.

Présentation vidéo par Yann Nicol cliquez ici

Ci-dessous vidéo interview de Magyd Cherfi par Yann Nicol


À propos de l'auteur.rice

Sous l’influence combinée et revendiquée des Clash, de Madame Bovary et de Jean-Paul Sartre, Magyd Cherfi a été le parolier du groupe toulousain Zebda avant de se lancer dans la chanson en solo. Il est aussi l’auteur chez Actes Sud de Livret de famille (2004) et de La Trempe (2007), réunis en Babel (nº 1082) . En 2016, Ma part de Gaulois, sa chronique de l’année 1981, où il décroche son bac, le premier de sa cité, est salué par un succès phénoménal en librairie ainsi que par le prix du Parisien magazine 2016, le prix littéraire Beur FM Méditerranée 2017 et le prix des Députés 2017. La Part du Sarrasin raconte la suite de cette histoire.

 

 

 

 

 

Informations complémentaires

Dimensions 11.5 × 21.7 cm
Édition

Prix prévisionnel

Rayon / Collection

Nombre de pages

432

ISBN

978-2-330-13517-1