Le Bon, la Brute et le Renard

Christian Garcin

19 Août, 2020


Trois chinois accablés de chaleur sillonnent le désert californien à la recherche de la fille de l’un d’entre eux, qui a disparu un mois plus tôt. Dans leur lente progression, ils frôlent à plusieurs reprises un binôme de policiers américains qui suivent eux-mêmes la trace d’un autre disparu… Ailleurs, à Paris, un journaliste chinois, auteur réticent de romans noirs, enquête avec une conviction relative sur l’évaporation de la fille de son patron. Ceci expliquerait-il cela ? Et réciproquement. Dans un jeu de miroir buissonnier, Christian Garcin invente le road-trip taoïste. Et questionne, mine de rien, les fondements de l’existence de la réalité. (Oui mais laquelle ?)

Il y a trois enquêtes dans ce roman, chacune concernant l’évaporation mystérieuse d’un personnage, toutes trois menées avec un engagement relatif et, dans deux cas sur trois, à titre privé et officieux. Et dont aucune, probablement, n’aboutira. Autant qu’une impression de lente progression, ce qui frappe pourtant, c’est l’efficacité de ces enquêteurs plus ou moins improvisés, le ballet harmonieux des coïncidences et des confirmations, le jeu des correspondances aussi naturelles qu’improbables. À la manière des trains qui s’ébranlent dans un mouvement qu’on est toujours sur le point d’attribuer au paysage, tout bouge tandis que tout tombe en place. Et la légère inquiétude qui transpire vient moins de “l’action” que des interrogations métaphysiques, activement dissipées à coup de poésie chinoise et de chamailleries désopilantes qui font le tissu de la relation entre Zuo Luo et Bec-de-Canard.
Trois Chinois donc, asiatiquement beckettiens dans un décor désertique – Zuo Luo, autrement dit Zorro, autrement dit le Renard, justicier urbain spécialisé dans le sauvetage de demoiselles en détresse ; Bec-de-Canard son acolyte bouriate, faussement crétin, amateur de poésie Tang, d’éthologie et de lutte mongole ; Menfei,
son cousin, restaurateur à New York, qui s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de sa fille. Une paire de policiers américains – Rangvald Hollingsworth fantasmant comme un dingue sur la plastique sculpturale et inaccessible de sa supérieure, le lieutenant Nyyrikki Amburn – lancés sur les traces d’un jeune homme disparu dans la nature. Enfin Chen Wanglin, journaliste pékinois, écrivain récalcitrant qui s’inspira un jour du vrai Zuo Luo pour en faire un personnage de roman noir, dépêché à Paris par son rédacteur en chef pour tenter de retrouver la fille de ce dernier…
Christian Garcin exerce et déplie un goût prononcé et malicieux, une curiosité tenace et néanmoins désinvolte pour les univers parallèles et le frottement façon silex des réalités (temporelles, géographiques, mentales…). Tropisme qui se traduit dans son œuvre par des échos d’un roman l’autre, où il n’est pas rare de recroiser des personnages déjà rencontrés sous d’autres couvertures. Logique, donc, que le lecteur se sente vaguement observé, en lisant Garcin ? Et que dire des animaux omniprésents qui, jamais loin, n’en perdent pas une miette ? De la littérature comme un art d’apprivoiser le vertige. Mine de rien. (Littéralement.)

 

Présentation vidéo par Yann Nicol cliquez ici

Ci-dessous vidéo interview de Christian Garcin par Yann Nicol


À propos de l'auteur.rice

(c) Ferrante-Ferranti

Auteur d’une œuvre considérable, Christian Garcin a publié des romans, des nouvelles, des poèmes, des essais, et quelques livres inclassables (lexiques, évocations littéraires ou picturales, fictions biographiques). Son dernier roman, Les Oiseaux morts de l’Amérique, a paru chez Actes Sud en 2018. En 2019, il a publié un Piero della Francesca chez Arléa, ainsi que le récit à quatre mains avec Tanguy Viel d’un lent tour du monde parcouru ensemble sans prendre l’avion, intitulé Travelling, paru chez J-C. Lattès. Il est également traducteur – récemment, des poèmes de David Kirby, dont le recueil Le Haha, a paru chez Actes Sud en 2018 et de l’intégrale des nouvelles d’Edgar Allan Poe, avec son complice Thierry Gillybœuf, parue en trois volumes chez Phébus (2018 & 2019). En 2018, le festival Lettres d’Automne de Montauban lui a consacré sa 28e édition. Quand il n’est pas en voyage, il vit à Marseille, où il est né en 1959.

 

 

 

Informations complémentaires

Dimensions 11.5 × 21.7 cm
Édition

Rayon / Collection

Prix prévisionnel

21.5 €

Nombre de pages

336

ISBN

978-2-330-13521-8