Quand les trains passent…

Malin Lindroth - Traduit du suédois par Jacques Robnard

01 Sep, 2020


Une confession brute, brutale, autour d’un crime impuni. Un texte dérangeant qui prend à la gorge, qui interroge les consciences.

“On ne peut pas s’imaginer comme ça va vite de foutre en l’air la vie de quelqu’un avant qu’on l’ait fait soi-même. Deux minutes… peut-être trois… c’est tout ce que ça a demandé. Après, c’était fait.”
Une femme “rangée”, jeune mère de famille, raconte un épisode de son adolescence qu’elle a gardé sous silence mais qui continue de la hanter : comment, à 15 ans, elle a pris part à l’humiliation puis au viol d’une élève que toute une bande avait désignée comme victime. Elle s’appelait Suzy, une fille paumée à qui on avait fait croire qu’un garçon de la classe était amoureux d’elle. Personne ne pensait qu’elle marcherait dans l’histoire à ce point, mais pour se sentir aimée, Suzy était prête à tout. De défis idiots en mensonges, la mauvaise blague avait dégénéré jusqu’à l’horreur. Dix-sept ans de silence et celle qui fut complice parle, livre son passé.

• Une anti-héroïne qui fait réfléchir sur les notions de culpabilité, de responsabilité et de complicité.
• Un texte qui interroge la violence (psychologique, physique) que peuvent s’infliger les jeunes entre eux.
• La forme du monologue intérieur comme possibilité d’une parole cathartique.

Dès 15 ans

La presse en parle


Critique
LIBÉRATION 22/03/2007

Fais-moi mal Johnny

Par Fabrice COLIN

Le texte d’un souffle prévient la quatrième de couverture, le texte d’une seule voix, des mots comme des gifles, à susurrer, à s’en mordre les lèvres, un genre de confession, brûlante d’abord, puis métallique, toute en froideur, dureté, reflets aveugles ­ et on n’est plus très sûr.

Mais aussi, quelle conne cette Suzy P. ! C’est jamais la faute d’une seule personne : c’est ce qu’il faut savoir. Prenez elle, par exemple. Prenez Suzy Petterson. Trop bizarre. Hé, Suzy, on te parle ! Une grande idiote. Grande molle. Et sa mère, oh, sa mère. Pincez-moi. Elle se croyait toujours au-dessus de tout, cette nouille. Ou disons : en dehors. Une nana comme ça, ça se ramène dans le bas monde. Il faut connaître sa place, il faut s’y tenir : voilà le deal. Alors on déconne. On a le droit, non ? On lui fait croire que Johnny est amoureux d’elle. Le beau Johnny, hard-rock, blouson de cuir et rivets.

Au début, c’est marrant. Au début, c’est marrant dans le style ah-ah-putain-t’es-trop-pathétique. Après, ça devient pénible, doucereux, étrange, plus très envisageable. Johnny, vous savez ? Le type avec qui on va se balader dans le tunnel du chemin de fer. Quand les trains foncent et vous frôlent. Que vous sentez leur haleine brûlante. Que vous existez tellement.

Après, la blague tourne mal. C’est-à-dire que Suzy P. y croit. Quand vous êtes obligé d’expliquer à quelqu’un pourquoi votre blague est poilante, elle cesse immédiatement de l’être. Et ça vous met en rogne. Ça vous rend dingue qu’elle ne capte pas. Johnny, merde, qu’est-ce qu’il fabrique ? L’histoire dure des plombes. Des mois, trop longtemps. A la fin, Johnny est sommé, vous saisissez ?
Sommé de fournir une preuve d’amour. Normal, quand même. Non ?
Et c’est ce qu’il fait.

Et c’est ce que fait Johnny : il ­ il baise Suzy. Lui et ses trois potes. Ils la sautent, une nuit. Et les trains foncent. Et leur frôlement est massif. Lumière/tunnel. Et cette salope de Suzy, avec son rouge à lèvres de pute :
arrête, bon dieu, arrête de me regarder comme ça, tu veux me pourrir la vie c’est ça ?
Et oh merde, oh merde, c’est pas vrai. Elle a mis vos bottines. Celles en daim bleu vif. Et elle pousse de petits couinements. Elle aime ça, ma parole ! Elle ne réagit pas, plus réellement : elle est là et ils la baisent. C’est à n’y rien comprendre. Peut-être que c’est pas très dur de foutre une vie en l’air, pas très long, mais il faut être certain que c’est vraiment une vie.

Vous savez quoi ? Vous devriez arrêter de poser des questions ; vous devriez arrêter de traîner dans les tunnels pour voir ce que c’est d’être en vie. C’est dangereux. Il y a eu un procès, d’accord ? Il y a eu un acquittement.

On en est là, maintenant. Dix-sept ans plus tard. Un joli mariage avec Johnny. Deux enfants : deux adorables petites filles. Très paisible. Bon, on sait ce qui s’est passé. Mais c’est un peu dur, parfois. Dix-sept ans. Le regard des autres. Ils savent ; ils pourraient deviner. Et puis il y a elle. Cette conne de Suzy Petterson. Elle pourrait revenir. Revenir et hurler.

Donc, il n’y a plus qu’à écrire ce livre. Ça ne se lit pas, un truc pareil. Ça s’encaisse. Quel âge, déjà ?


À propos de l'auteur.rice

Née en 1965, Malin Lindroth vit près de Göteborg, en Suède. Licenciée en philosophie et en psychologie, elle est écrivaine (poésie, nouvelles, romans), autrice dramatique et journaliste culturelle.

Informations complémentaires

Dimensions 11.5 × 21.7 cm
Édition

Prix prévisionnel

Rayon / Collection

ISBN

978-2-330-13413-6